Fragilité des seniors : comment détecter les premiers signes et agir ?

Comprendre

Voir son parent vieillir n’est pas facile à vivre, ni à accepter et le passage à la dépendance est complexe à percevoir et à mesurer. Cependant, il est important d’être vigilant et d’identifier les premiers signes de fragilité, car de nombreuses solutions permettent de limiter leurs conséquences pour préserver l’autonomie de votre proche. Avec le témoignage de Jacques 56 ans et de sa mère, Jeanne 81 ans, ainsi que l’expertise du docteur Flore Mouriaux, nous vous donnons les clés nécessaires pour détecter ces premiers signes.

“Ma mère, comme beaucoup d’autres je pense, ne voulait pas “m’importuner avec ses petits tracas” et, surtout, elle ne voyait pas les conséquences sur le long terme. C’est son médecin traitant qui nous a alerté. Ensemble, nous avons discuté et dédramatisé la situation. Avec des ajustements dans son alimentation et dans l’équipement de sa maison, elle avait tout pour rester indépendante et en pleine forme !”

Flore Mouriaux, docteur en gériatrie dont le cabinet est situé sein des Jardins d’Arcadie de Valence, nous explique comment identifier ces premiers signes en douceur : “Dans certains cas, le patient peut avoir des réticences, des craintes, même si nous agissons pour son bien ! Il est important de ne pas le bloquer et ne pas couper le dialogue. N’hésitez pas à vous appuyer sur l’ensemble du personnel soignant et des aides à domicile”.

Trois pistes pour limiter la perte d’autonomie et rester indépendant plus longtemps

 01.
Détecter

  • Être attentif aux changements physiques et d’humeur de votre proche
  • S’appuyer sur l’expertise médicale de son médecin traitant

La “fragilité” est un état de vulnérabilité, de stress et de défiance du corps. Nous utilisons ce terme lorsque le patient est dans une situation de pré-dépendance, c’est-à-dire lorsqu’il n’est plus un individu dit “robuste” mais pas encore “dépendant”. Et c’est à ce moment-là qu’il faut détecter les symptômes pour intervenir”, nous explique le Dr Flore Mouriaux.
“Je rends visite à ma mère au moins une fois par semaine, soit pour un déjeuner soit pour un café; Honnêtement, je n’avais pas vraiment constaté sa perte de poids. Sans l’intervention de son médecin, j’aurais continué notre routine sans prêter attention à ce signe…”, raconte Jacques.

Comme le souligne la doctoresse, en détectant un état de pré-dépendance, donc de fragilité, nous pouvons limiter les facteurs qui risquent d’accélérer la perte d’autonomie. “Le patient comme son parent, doivent savoir que cet état est réversible et que la perte d’autonomie, à ce stade, est encore évitable”, d’où l’importance d’identifier ces symptômes le plus tôt possible. Elle recommande une visite chez le médecin traitant au moins tous les trois mois pour mesurer l’autonomie, l’état nutritionnel et la mémoire du patient.

 02.
Agir

  • Faire le point grâce à une consultation gériatrique standardisée à l’hôpital de jour
  • Prendre garde à la polymédication et à l’automédication

Suite au diagnostic du médecin traitant, il se peut qu’il vous conseille une consultation gériatrique standardisée en hôpital de jour. Cette étape est essentielle pour déterminer précisément quels sont les symptômes à traiter et vérifier l’état de santé général de votre proche.

“J’ai accompagné ma mère pour sa visite. Nous y avons passé la journée. Elle a fait tous les tests nécessaires et à la fin, le médecin nous a indiqué les changements à apporter. Au final, elle devait prendre plus de vitamines, reprendre une activité physique quotidienne et stopper les prises de médicaments sans prescription de son médecin généraliste. Plus de peur que de mal !”, raconte Emmanuel.

En effet, comme le rappelle le Dr Flore Mouriaux, il s’agit parfois de petits ajustements à faire dans le quotidien de votre proche :

Le médecin attire particulièrement notre attention sur les dangers de l’automédication et de la polymédication. S’auto-soigner en croisant différents médicaments peut avoir des conséquences graves sur l’organisme.

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Rééquilibrer sa nutrition :

les besoins évoluent tout au long de notre vie. Nous en sommes bien conscients pour les enfants et adolescents, il en va de même pour les adultes et les personnes âgées.

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Traiter les troubles sensoriels :

agir au plus vite sur la perte d’audition par exemple est essentiel. Même si psychologiquement c’est un cap à passer, les études montrent la différence énorme entre une personnes appareillée au plus tôt et une appareillée tardivement concernant le maintien ou non des performances cognitives (mémoire, langage, qualité de raisonnement, coordination, etc…)

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Reprendre des activités :

pour agir contre l’isolement et la sédentarité : là aussi, les études montrent que les individus isolés socialement présentent un risque accru de maladies cardio-vasculaires, maladies infectieuses, déclin des fonctions cognitives et mortalité prématurée. De plus, les scientifiques ont démontré que les activités physiques régulières sont non seulement bonnes pour le corps mais toutes aussi importantes pour le bon fonctionnement du cerveau et la réduction du risque de maladie d’Alzheimer. En outre, si cette activité physique se fait en groupe ou entre amis, elle stimule le lien social et l’on fait d’une pierre deux coups.

Le médecin attire particulièrement notre attention sur les dangers de l’automédication et de la polymédication. S’auto-soigner en croisant différents médicaments peut avoir des conséquences graves sur l’organisme.

 03.
Prévenir

  • Aménager son domicile avec des équipements adaptés
  • Questionner, de temps en temps, votre proche, avec bienveillance

“Suite aux consultations, nous avons également pris conscience des aménagements à faire dans le logement de ma mère, pour préserver son autonomie encore de nombreuses années. Le plus onéreux a été de refaire la salle de bain, mais au final c’est un petit investissement comparé au confort qu’il lui apporte chaque jour.”

L’adage “Il vaut mieux prévenir que guérir” prend ici tout son sens ! Les personnes âgées se blessent plus facilement et mettent plus de temps à récupérer. Pour limiter les risques, il suffit parfois de procéder à quelques petits aménagements tels que :

  • Enlever les tapis
  • Installer un bon éclairage
  • Installer une douche à l’italienne
  • Poser des barres d’appui (près des wc, du lit, du canapé…)

Enfin, de temps en temps, le Dr Flore Mouriaux vous propose d’évaluer la mémoire, la sédentarité et l’état cognitif de votre proche de façon informelle    lors de vos échanges.

Par exemple:

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Pour vérifier la capacité à faire un effort physique habituel, vous pouvez demander « Est-ce que tu as du mal à monter tes escaliers en ce moment ? » ; vous pouvez observer si votre proche a besoin de prendre appui avec les mains pour se lever ; s’intéresser au fait qu’il ou elle participe toujours aux activités physiques habituelles (danses, yoga, tai-chi, marche nordique, etc) ; lui demander comment il ou elle estime son niveau de forme de 1 à 10 et voir si cela change d’une semaine à l’autre – le mieux est de noter ses réponses dans votre agenda ;

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Pour vérifier la qualité de son alimentation, vous pouvez lui demander s’il ou elle s’est préparé.e des petits plats ; s’il ou elle prend toujours 3 ou 4 repas par jour ; observer si les vêtements ne tombent plus de la même façon sur lui ou elle (plus lâche = amaigrissement) ;

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Concernant son activité intellectuelle et sociale, vous pouvez lui demander s’il ou elle a avancé dans la lecture de son livre et si celui-ci lui plaît ; s’il ou elle finit bien ses mots-croisés ou fléchés ; s’il ou elle a vu sa-son meilleur.e ami.e dernièrement ou une personne proche ; lui poser une question concernant un événement récent et voir quelle est sa réponse.

En cas de doute, prenez rendez-vous avec le médecin traitant de votre proche afin d’avoir l’avis et le conseil d’un professionnel de la santé.